Le jour et la nuit !

Ce titre n’est pas une facilité de style — c’est un constat. Deux Américains, deux fonctions sans rapport l’une avec l’autre — l’un chef d’un État, l’autre chef d’une Église —, et pourtant deux rapports radicalement opposés au pouvoir : l’un qui le confond avec son patrimoine personnel, l’autre qui n’en détient aucun et n’en a jamais eu besoin pour incarner l’autorité morale. Le monde n’a pas besoin d’un troisième terme pour trancher entre les deux ; les actes suffisent, et les mots suivent, sans effort de rhétorique, parce qu’ils disent simplement ce qui a été fait.

Ce qui frappe, dans le contraste, ce n’est pas seulement la différence de style — l’un cynique, l’autre digne — mais la différence de nature même du pouvoir qu’ils exercent. Le premier improvise sa politique étrangère au fil de ses rancunes et de ses intérêts financiers, changeant d’allié comme on change de partenaire d’affaires. Le second n’a aucun levier de coercition, aucune armée, aucun budget de campagne à défendre — et c’est précisément cette absence de pouvoir temporel qui rend sa fermeté si éclatante : il n’avait rien à perdre en répondant à Trump dès avril, sinon sa propre dignité, et c’est justement celle-ci qu’il a choisi de défendre.

Reste la question posée sans la trancher entièrement : l’Europe saura-t-elle transformer ce constat en politique durable, ou retombera-t-elle, l’orage une fois passé, dans la vieille habitude de la déférence ? La réponse ne se jouera pas dans les discours, mais dans les prochains contrats d’armement, les prochaines négociations commerciales, les prochains sommets où il faudra, ou non, avoir le courage de dire non. Le jour ne dure que si on cesse d’avoir peur de la nuit.

Le symptôme de cette rupture ne date pas d’hier. On se souvient avec stupeur de cette visite d’État en France où, renonçant à s’incliner devant les tombes des soldats américains morts en 1918, le président préféra rester dans ses appartements à Paris, qualifiant en coulisses ces héros de « perdants » (losers). Ce jour-là, le masque est tombé : comment attendre la fidélité envers des alliés vivants de la part d’un homme qui méprise ses propres martyrs ?

Ce qui n’était alors qu’une posture s’est transformé en une doctrine de trahison systématique. L’Ukraine, abandonnée face à l’agresseur russe ; les démocraties européennes, traitées en ennemies commerciales ; les pays du Golfe, pourtant contributeurs à hauteur de plus de 1 000 milliards de dollars pour assurer leur défense, pris en otages transactionnels ; et désormais Taïwan, dont le destin paraît sacrifié sur l’autel d’un cynisme sans bornes.