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Une vision commune qui tienne compte de nos différences d’appréciation

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Le premier est de mettre à la disposition de décideurs tant civils que militaires ou d’experts (analystes, chercheurs, industriels, journalistes spécialisés, notamment) des « textes de référence », des analyses, des études, des articles traitant des enjeux actuels vus sous l’angle de la défense et de la sécurité,. Des textes de qualité qui ne soient pas « saucissonnés »…

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France-Allemagne : Le paroxysme 1914-1945 (3)

Pourquoi 1945 n’était pas 1918
Ce paroxysme mérite qu’on s’y arrête un instant, avant de tourner la page vers la réconciliation. Le mécanisme décrit dans les deux premières parties de cette série — humiliation, ressentiment cultivé, revanche différée — a fonctionné une dernière fois avec une puissance dévastatrice en 1940 : le choix délibéré de Rethondes, la reprise du mot de Bismarck à Sedan, tout indique que les dirigeants allemands de l’époque pensaient, consciemment, agir dans la continuité de 1870 et de 1918. Le cycle s’est reproduit exactement comme il avait été conçu — jusqu’à son terme logique et effroyable.

Mais 1945 est différent de 1871 ou de 1918 sur un point essentiel : il n’y a, cette fois, plus de vainqueur en mesure d’humilier sans se détruire lui-même. La France de 1945 n’a pas les moyens d’une paix punitive comparable à Versailles — elle sort elle-même exsangue de l’Occupation. Et l’Allemagne, confrontée à l’ampleur de ses propres crimes, ne dispose plus du même terreau psychologique pour cultiver un nouveau ressentiment national légitime. C’est peut-être cette double impossibilité, plus qu’un simple sursaut de vertu, qui a ouvert la porte — à condition que des hommes d’État sachent la saisir.

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Frankreich-Deutschland: Der Marsch in den Abgrund 1871-1914 (2)

Der Frieden, der den Krieg vorbereitete
Es hat etwas Schwindelerregendes, diese dreiundvierzig Jahre von 1871 bis 1914 noch einmal zu lesen: Auf dem Papier sind es die längsten ununterbrochenen Friedensjahre, die Westeuropa seit Generationen erlebt hatte. Nicht ein einziger Krieg zwischen europäischen Großmächten während dieser gesamten Zeit. Und doch war es genau dieser Frieden, der Stück für Stück den mörderischsten Krieg hervorbrachte, den der Kontinent je erlebt hat.

Das Paradox verdient es, dass man dabei verweilt. Jedes einzelne Teil dieses Systems — das französisch-russische Bündnis, die Entente cordiale, der Dreibund, das Wettrüsten um Schlachtschiffe — wurde von seinen Architekten als Instrument der Abschreckung, der Vorsicht, des Gleichgewichts konzipiert. Niemand unterschrieb 1892 oder 1907 diese Abkommen in der Absicht, einen Weltkrieg vorzubereiten; im Gegenteil, jeder glaubte, sich gegen einen solchen zu schützen. Genau darin liegt die unbequemste Lehre dieser Epoche: rationale Mechanismen, die jeweils für sich gedacht wurden, um das Schlimmste zu verhindern, können sich zu einer Maschine zusammenfügen, die das Schlimmste unausweichlich macht — ohne dass einer ihrer Architekten dies gewollt oder auch nur vorausgesehen hätte.

Die beiden Marokkokrisen hätten als Warnung dienen müssen. Zweimal, 1905 und 1911, geriet Europa an den Rand eines allgemeinen Krieges aus Gründen, die dem Anschein nach nichts mit Elsass-Lothringen oder der Revanche von 1870 zu tun hatten — und zweimal legte sich die Krise wieder, ohne dass sich irgendjemand ernsthaft fragte, wie tragfähig das System eigentlich war, das es überhaupt so weit an den Abgrund hatte kommen lassen. Man behandelte die Symptome; die Krankheit selbst wurde nie geheilt.

Vielleicht liegt genau hier die direkteste Verbindung zum ersten Teil dieser Serie. Die Demütigung von 1806, die Preußen in ein nationales Projekt verwandelte, brauchte vierundsechzig Jahre, um bei Sedan Früchte zu tragen. Das Bündnissystem von 1871–1914 dagegen benötigte keine neue Demütigung mehr, um in Gang zu kommen: Waren die Blöcke einmal erstarrt und die Mobilmachungspläne festgeschrieben, genügte ein regionales Attentat. Der Mechanismus war nicht mehr allein psychologischer Natur — er war mechanisch geworden.

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France-Germany: The March Toward the Abyss 1871-1914 (2)

The Peace That Prepared the War
There is something vertiginous about rereading these forty-three years from 1871 to 1914: on paper, they are the longest uninterrupted years of peace Western Europe had known in generations. Not a single war between European great powers throughout this entire period. And yet it was precisely this peace that manufactured, piece by piece, the deadliest war the continent had ever known.

The paradox is worth pausing over. Every piece of this system — the Franco-Russian alliance, the Entente Cordiale, the Triple Alliance, the dreadnought race — was designed by its architects as an instrument of deterrence, of caution, of balance. No one, in 1892 or in 1907, signed these agreements thinking they were preparing a world war; on the contrary, everyone believed they were guarding against one. This is where the most uncomfortable lesson of this period lies: rational mechanisms, each conceived in isolation to avert the worst, can assemble into a machine that makes the worst inevitable — without any of their architects having wanted it, or even foreseen it.

The two Moroccan crises should have served as a warning. Twice, in 1905 and in 1911, Europe came close to general war for reasons that, on the surface, had nothing to do with Alsace-Lorraine or the revenge of 1870 — and twice, the crisis subsided without anyone seriously questioning the soundness of the system that had allowed things to come so close to the abyss. The symptoms were treated; the disease was never cured.

This may be where the most direct link to the first installment of this series is forged. The humiliation of 1806, transformed by Prussia into a national project, took sixty-four years to bear fruit at Sedan. The alliance system of 1871–1914, by contrast, needed no fresh humiliation to be set in motion: once the blocs had hardened and the mobilization plans were locked in place, a regional assassination was enough. The mechanism was no longer merely psychological — it had become mechanical.

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France-Allemagne : La marche vers l’abîme (2)

La paix qui préparait la guerre
Il y a quelque chose de vertigineux à relire ces quarante-trois années de 1871 à 1914 : ce sont, sur le papier, les plus longues années de paix ininterrompue qu’ait connues l’Europe occidentale depuis des générations. Pas une seule guerre entre grandes puissances européennes durant toute cette période. Et pourtant, c’est précisément cette paix qui a fabriqué, pièce par pièce, la guerre la plus meurtrière que le continent ait jamais connue.

Le paradoxe mérite qu’on s’y arrête. Chacune des pièces de ce système — l’alliance franco-russe, l’Entente cordiale, la Triplice, la course aux cuirassés — a été conçue par ses architectes comme un instrument de dissuasion, de prudence, d’équilibre. Personne, en 1892 ou en 1907, ne signait ces accords en pensant préparer une guerre mondiale ; chacun pensait, au contraire, se prémunir contre elle. C’est là que réside la leçon la plus inconfortable de cette période : des mécanismes rationnels, pensés isolément pour éviter le pire, peuvent s’assembler en une machine qui rend le pire inévitable, sans qu’aucun des architectes ne l’ait voulu ni même anticipé.

Les deux crises marocaines auraient dû servir d’avertissement. À deux reprises, en 1905 et en 1911, l’Europe a frôlé la guerre générale pour des raisons qui n’avaient, en apparence, rien à voir avec l’Alsace-Lorraine ou la revanche de 1870 — et à deux reprises, la crise s’est résorbée sans que personne ne s’interroge sérieusement sur la solidité du système qui avait permis qu’on en arrive si près du gouffre. On a traité les symptômes ; on n’a jamais soigné la maladie.

C’est peut-être là que se noue le lien le plus direct avec la première partie de cette série. L’humiliation de 1806, transformée en projet national par la Prusse, avait mis soixante-quatre ans à porter ses fruits à Sedan. Le système d’alliances de 1871-1914, lui, n’avait besoin d’aucune humiliation nouvelle pour s’enclencher : une fois les blocs figés et les plans de mobilisation verrouillés, un assassinat régional suffisait. L’engrenage n’était plus seulement psychologique — il était devenu mécanique.

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France-Germany: The Machinery of Hatred (1)

Memory as a Weapon
How could a single Napoleonic battle sow, in Prussia, the seeds of an antagonism that would poison Europe for more than a century? The first instalment in a series devoted to the Franco-German relationship, this article traces the birth of German national sentiment in humiliation, and its first great revenge: the unification of Germany by “blood and iron,” at France’s expense.
What this first sequence reveals is not so much a succession of battles as a precise psychological mechanism: national humiliation, once inflicted, does not fade away — it transforms itself. For the Prussia of 1806, it became a political project spanning decades, patiently sustained until conditions allowed it to be realized. This time lag matters: Jena and Sedan are separated by sixty-four years. This was not a hot-blooded reaction; it was a memory of state, transmitted, cultivated, institutionalized down to the level of education and culture — Fichte is the most striking proof of that.
It would be wrong to see this as a specifically German or Prussian trait. It is a mechanism found wherever a defeated nation retains the intellectual, cultural, and eventually material means for its revenge. The lesson of 1805-1871, even before turning to what comes next, may well be this: a victory that humiliates rather than integrates almost mechanically programs its own future undoing.