Un constat
Au terme de cette revue, un constat s’impose, que chaque lecture partielle laissait deviner sans jamais le formuler en entier : ce pape a conquis la France — et au-delà — par trois voies à la fois, rarement réunies chez un même homme.
Son approche, d’abord. Toutes les sources convergent sur ce point précis, de Wiegel de la FAZ à Die Presse en passant par les témoignages recueillis à Lourdes et au Stade de France : il écoute avant de parler, il regarde avant de juger. Ce n’est pas un détail de communication, c’est une méthode de contact — et c’est elle, davantage que ses discours, qui semble avoir touché le plus de monde, croyants et non-croyants confondus.
Léon XIV, un pape qui écoute les gens et qui leur répond — Photo © François de Vries
Sa vision, ensuite. Un pape américain qui vient rappeler à l’Europe ses racines, non pour les enfermer mais pour les ouvrir ; qui associe dans la même phrase Schuman et Saint-Benoît ; qui refuse, selon le mot de Jean-Marc Sauvé, de « se définir par rapport à des adversaires » tout en portant, de l’aveu du même témoin, un message « anti-Trump et dirigé contre tous les extrémistes ». Une vision qui tient ensemble ce que beaucoup pensaient inconciliable : la fidélité à un héritage et l’ouverture à l’autre.
Sa méthode, enfin — la plus singulière des trois, et celle que la presse a le plus de mal à nommer d’un seul mot. Critiquer sans jamais citer personne ; dire des choses clivantes sans qu’elles paraissent telles ; laisser à chacun le soin de reconnaître sa propre cible dans une phrase qui ne désigne personne. C’est un art de la litote politique dont nous avons tenté, dans notre second papier, de reconstituer les ressorts exacts — tant il nous a semblé qu’aucun media consulté n’était allé au bout de cette démonstration.
Approche, vision, méthode : les trois se nourrissent l’une l’autre, et c’est sans doute leur réunion, plus que chacune prise isolément, qui explique ce que la presse entière, de Paris à Vienne, a fini par constater avec un mélange de surprise et d’admiration — qu’un homme seul, en quatre jours, ait pu rassembler ce qu’aucun responsable politique n’était parvenu à réunir depuis longtemps.






