La guerre des chiffres derrière la guerre de l’information
L’amiral Girard a raison de se méfier des effets d’annonce. Les données disponibles à la date de son article confirment, chiffres à l’appui, l’écart qu’il pointe entre la communication américaine et la réalité du trafic.
Avant le conflit, le détroit d’Ormuz écoulait en moyenne 21,6 millions de barils par jour au quatrième trimestre 2025. Au deuxième trimestre 2026, en pleine guerre, ce volume s’est effondré à 4,9 millions de barils par jour — une chute de plus de 75 %. Le pic de la crise, début mars, a vu le trafic tomber à un seul navire commercial le 7 mars, contre une moyenne historique de 138 navires par jour. (U.S. Energy Information Administration)
C’est dans ce contexte qu’il faut lire l’annonce de l’amiral Cooper à laquelle réagit l’amiral Girard. Au 28 août 2026 — jour même de la publication de son article —, les sources se contredisent frontalement : CENTCOM affirme, via CBS News et IranWire, que les voies de navigation du détroit ont été débarrassées des mines du CGRI et sont ouvertes, mais les compagnies maritimes ne sont pas convaincues. Les données de trafic elles-mêmes divergent selon la source : le dernier relevé publié de PortWatch, daté du 23 août, enregistre trois transits contre un niveau de référence d’avant-crise de 85 par jour, tandis que Lloyd’s List Intelligence, citée par USNI News comme source unique non vérifiée, rapporte 114 transits sur la semaine du 17 au 24 août, en hausse de plus de 30 % sur une semaine. Un tel écart entre deux relevés du même trafic, à la même date, en dit long sur l’opacité que dénonce l’amiral Girard. (Straits)
Le marché pétrolier, lui, tranche sans ambiguïté : le baril de Brent cotait 88,29 dollars le 28 août, loin des standards d’avant-guerre. Les exportations du Golfe persique, selon Goldman Sachs, ont certes remonté à 15-16 millions de barils par jour, mais restent inférieures de 7 à 8 millions de barils aux volumes d’avant-conflit, même si elles dépassent largement le point bas de 5-6 millions atteint en mars.
L’armée américaine, de son côté, revendique un rôle actif dans cette reprise partielle : elle affirme avoir aidé à transporter plus de 660 millions de barils de pétrole à travers le détroit depuis début mai, soit environ 7 millions de barils par jour sur les dernières semaines — mais une analyste de RBC citée par CNBC estimait, à la même période, que la guerre continuait de coûter environ 8 millions de barils par jour au marché mondial. (Straits)
Ces chiffres valident donc, point par point, l’intuition de l’amiral Girard : le déminage annoncé n’a pas encore produit d’effet mesurable et vérifiable sur le trafic réel, et la reprise progressive des exportations tient davantage à l’attrition des capacités offensives iraniennes et aux tractations Iran-Oman qu’à une quelconque « libération » du détroit. La communication politique court, comme souvent, plus vite que les données AIS des tankers.






