Françoise Thom excelle dans l’exercice de la « théologie politique » comparée en démontrant comment des concepts religieux archaïques (le combat final, l’Antéchrist, le Troisième Temple) ne sont plus des curiosités historiques, mais des logiciels actifs qui dictent des décisions au Pentagone, au Kremlin ou à Téhéran.
Françoise Thom explore ici une convergence inquiétante entre les franges radicales du pouvoir américain et l’impérialisme mystique du Kremlin : l’emprise de l’eschatologie (la doctrine de la fin des temps) sur la géopolitique. Aux États-Unis, le « dispensationalisme » évangélique et le sionisme chrétien poussent vers un affrontement apocalyptique au Moyen-Orient pour hâter le retour du Christ. En miroir, Alexandre Douguine théorise une alliance entre l’orthodoxie russe et le chiisme iranien, unis dans un « petit djihad » contre l’Antéchrist libéral. L’analyse révèle comment ces visions millénaristes sortent les conflits du champ de la raison pour les transformer en luttes métaphysiques insolubles. Que ce soit par le biais de la théologie ou de la menace nucléaire (la « laïcisation » de l’apocalypse chez Karaganov), cette politique du pire cherche à briser l’ordre international au profit d’un chaos purificateur, soutenu par des figures nihilistes comme Peter Thiel.
Ces courants sacralisent la violence politique en la présentant comme une bataille finale entre la Lumière et les Ténèbres.






