Mitterrand a eu raison, tout particulièrement deux fois — et c’est peut-être cela qu’on ne lui a jamais pardonné. Comme de Gaulle avant lui, il avait dit tout haut ce que Paris préfère taire : « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique », confiait-il à Georges-Marc Benamou dans les derniers mois de sa vie. Et dès décembre 1989, il avait vu ce que Bush ouvrait à Mayence sans le nommer : qu’une Allemagne réunifiée pourrait, selon ses propres mots rapportés par les archives britanniques, « gagner encore plus de terrain qu’Hitler ne l’a fait » — non par les armes, cette fois, mais par le vide que l’Amérique s’apprêtait à laisser derrière elle. Ce lien anglo-français de Mitterrand avec Thatcher, plus profond et plus ancien qu’on ne l’a dit à l’époque, l’amiral Philippe de Gaulle me l’avait confirmé un jour, de vive voix.

Dernier signe en date : le programme de la visite d’État du président Steinmeier en France ne se limitait pas aux cérémonies. À Bordeaux, le vendredi 9 octobre, il comprenait Ariane Group et le Laser Mégajoule, installation française de simulation des essais nucléaires. Cette étape intervient le lendemain de l’audition du chef d’état-major des armées devant la commission de la Défense, et au moment où Pascal Lorot, de l’Institut Choiseul, rappelle dans Le Figaro que Paris détient seule deux atouts que Berlin n’a pas : le nucléaire et l’expérience du feu.