European Security rend hommage au travail d'analyse d'Hedy Belhassine, dont les écrits sur le Yémen et l'Arabie saoudite font preuve d'une clairvoyance exceptionnelle depuis 2013. L'auteur souligne que les prédictions de Belhassine, notamment sur la fragilité de la puissance militaire saoudienne qualifiée de « tigre de papier », se voient confirmées par l'actualité de 2026. Le texte met en lumière la dépendance de la région envers des alliances personnelles, comme celle avec Donald Trump, plutôt que sur des traités stables. À travers une rétrospective de ses articles, la source présente le Yémen comme un sismographe des grands bouleversements mondiaux. Ce portrait d'un observateur engagé mêle critique politique, humour incisif et une profonde connaissance des réalités du monde arabe.
L’art de faire rire sans jamais mentir
Coluche aurait aimé le Yémen de Hedy Belhassine. Thierry Le Luron, sans doute, aurait rêvé d’imiter ses princes. Car il y a chez Hedy un art très français de la formule assassine, celui qui dit tout en ayant l’air de ne rien dire — un art qu’on croyait réservé aux cafés-théâtres, et qu’il applique méthodiquement, depuis treize ans, à l’un des dossiers les plus sanglants du monde.
Qui d’autre aurait osé résumer trente-cinq mois de bombardements par « bâton et carotte pour domestiquer les ânes » ? Qui aurait pensé à offrir, en une phrase, une Bentley à 200 000 euros à chaque pilote saoudien « traumatisé d’avoir carbonisé ses frères yéménites » — sans jamais préciser lequel des deux, du traumatisme ou du cadeau, est le plus obscène ? Qui, enfin, aurait osé écrire que l’armée du quatrième budget militaire mondial n’est, sans ses supplétifs, qu’« un tigre de papier » — formule si juste qu’elle a mis treize ans à cesser d’être vraie, et qui ne l’est toujours pas ?
L’humour de Hedy n’est jamais gratuit. Il est le vecteur, pas la fin — une manière de faire passer une vérité désagréable sans jamais avoir l’air de la marteler. C’est un humour qui déclenche le rire d’abord, puis, une seconde plus tard, un silence gêné : celui qu’on ressent en réalisant qu’on vient de rire d’une chose qui ne devrait faire rire personne. C’est peut-être ça, le vrai talent — et il est rare.






