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Une vision commune qui tienne compte de nos différences d’appréciation

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Le premier est de mettre à la disposition de décideurs tant civils que militaires ou d’experts (analystes, chercheurs, industriels, journalistes spécialisés, notamment) des « textes de référence », des analyses, des études, des articles traitant des enjeux actuels vus sous l’angle de la défense et de la sécurité,. Des textes de qualité qui ne soient pas « saucissonnés »…

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« Keep Your Secrets Secret ! »

Le 16 novembre 1944, le général de Gaulle a signé une ordonnance créant la « Direction de la Surveillance du Territoire », ordonnance qui sera complétée par un arrêté ministériel une semaine plus tard.  

En fixant les attributions et les structures internes de la « DST », le chef de la France Libre a dérogé à une tradition : pour la première fois en France, le contre-espionnage échappait au contrôle du ministère des Armées et était placé sous l’autorité  du ministère de l’Intérieur. 

Roger Wybot – un ancien du BCRA à Londres – était nommé directeur.  

Parmi les missions prioritaires de ce nouveau service de contre-espionnage français
qui succédait à la « ST », la Sécurité du Territoire crée en 1934 par le gouvernement de Gaston Doumergue, la DST se devait de traquer les anciens nazis comme avait pu le faire la ST avant-guerre, de surveiller de près les menées subversives communistes financées par Moscou visant à instaurer en France un régime communiste, enfin d’identifier tout agent étranger sur notre territoire suspect de se livrer à des activités d’espionnage ou à des actes terroristes. 

Soixante ans plus tard, le 16 novembre 1944, Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur, a
réuni au siège de la DST, rue Nélaton, dans le XVe, presque tous les anciens directeurs y compris le légendaire Roger Wybot. Manquaient à l’appel, notamment, le préfet Gabriel Ériau – un grand Résistant qui vissait un bras mécanique quand il allait au monument aux morts pour y déposer une gerbe ou pour conduire sa DS et qui n’en était pas moins resté un tireur d’élite ! 

Dans une grande salle en haut de l’immeuble qui avait été le siège de ELF, le ministre lui-même ancien Résistant qui avait connu la clandestinité, a rappelé brièvement quelques souvenirs personnels avant de conclure son propos ainsi : « votre devise est et restera Keep your secrets secret ! ». Comme quoi dans le milieu du renseignement, que l’on soit civil ou militaire, il y a des règles qui ne souffrent pas d’exception. Une magnifique médaille commémorative a été remise aux invités triés sur le volet… 

Notre précédente émission a été l’occasion d’évoquer une très belle page d’histoire
inédite qui plus est de notre service de contre-espionnage français après la débâcle de 40 et l’entrée en Résistance, dès le 14 juin 1940, à Bon-Encontre des effectifs du « 2 Bis ».  

Cette fois-ci, après « l’hommage aux anciens », nous nous sommes intéressés au Renseignement français et aux évolutions majeures qu’il a pu connaître au cours de ces 20 dernières années. Sans oublier d’évoquer deux grandes réformes.  

La première a eu lieu sous François Mitterrand, la seconde sous Nicolas Sarkozy. 

Dans le domaine du renseignement militaire, le 16 juin 1992, Pierre Joxe, ministre de la Défense, créait la « DRM ». L’objectif était de palier « les manques » constatés à l’issue de la première guerre du Golfe. Son prédécesseur, Jean-Pierre Chevènement, avait demandé au général d’armée aérienne François Mermet, ancien DGSE, de réfléchir
à la création d’une « DIA à la française ». Pierre Joxe concrétisera cette réforme qui était indispensable. 

La Direction du Renseignement Militaire regroupait, notamment, tous les anciens 2e Bureaux d'Armées et se devait de ne pas faire double emploi avec le SDECE devenu la DGSE, la Direction générale de la Sécurité Extérieure.  

Plus tard, sous Nicolas Sarkozy, pour contrer les menaces terroristes de toute sorte, une grande réforme du Renseignement intérieur a été initiée par le préfet Bernard Squarcini qui fusionnera la DST et les RG en rendant la DST responsable de la lutte antiterroriste, sans pour autant négliger ses missions classiques de contre-espionnage et de contre-ingérence.  

C’est ainsi que le 1er juillet 2008, la DST a fusionné avec la Direction Centrale des Renseignements Généraux au sein d'une nouvelle direction prenant le nom de « Direction Générale du Renseignement intérieur » (DCRI), renommée en 2014 par le pouvoir socialiste « Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI). Cette réforme restera une des très rares réformes pensées et réalisées « à froid », autrement dit pas suite à une bavure ou dans « un climat » passionnel. 

Si l’on ajoute à cela l'installation à l'Élysée d'un « coordinateur du Renseignement » pour s'assurer que les échanges interservices fonctionnent bien et que la remontée de
l'information stratégique soit valorisée, on a une vue d’ensemble assez complète des changements intervenus en profondeur pour mieux adapter l’outil à la menace. 

Dans cette émission réalisée avec Jean-Michel Poulot, la Voix du Béarn a donné la parole à des experts très qualifiés : Jean Guisnel du Point, un des rares journalistes à s’être intéressé au Renseignement pendant plus de 30 ans et auteur de nombreux
ouvrages de référence,[2] Alain Juillet ancien n°2 de la DGSE qui deviendra sous
Chirac « Haut-fonctionnaire à l’Intelligence économique » qui va lui considérablement
renforcer nos capacités d’action dans le domaine économique, le préfet Bernard
Squarcini, le père d’une de ces deux grandes réformes, le professeur Christian Tafani qui forme des étudiants sur ces questions et Hedy Belhassine, un expert des questions stratégiques. 

Si les dernières aventures de James Bond et d’OSS 117 portées à l’écran récemment continuent de faire rêver, force est de constater que l’on trouve plus de pères tranquilles à la DGSE et à la DGSI que de séducteurs patentés. Mais qui s’en plaindra ? 

Joël-François Dumont 

[1] Le C-E en 1940 se trouvait 32 rue de Tourville à Paris. 

[2] Lire notamment de Jean Guisnel : Histoire secrète de la DGSE (Robert Laffont, 2019), Au Service secret de la France avec David Korn-Brzoza (Éditions de la Martinière, 2014), Guerres dans le Cyberespace (Éditions La découverte, 1995).  

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Bon-Encontre : le chemin de l’honneur et de la Résistance

L’amicale des Anciens des Services spéciaux de la Défense nationale, l’AASSDN, vient de tenir son congrès à Bon-Encontre, dans la banlieue d’Agen. Une occasion pour la Voix du Béarn d’évoquer une très belle page de l’histoire de nos services spéciaux, à un moment crucial, en juin 1940, après le déferlement des troupes allemandes sur la
France. 

En mai-juin 1940, en quelques semaines, 100.000 militaires et civils français sont morts en tentant de stopper l’offensive allemande, sans succès, écrasés qu’ils furent par la
puissance de feu des blindés de la Wehrmacht et des Stuka de la Luftwaffe.  

La débâcle qui s’en est suivie marquera à jamais la mémoire collective des Français après avoir été vécue comme un moment de déshonneur national. Heureusement, le courage et à la détermination d’une poignée d’hommes et de femmes refusant la défaite, mobilisés corps et âme pour bouter l’ennemi hors de France, permettront à la Libération de retrouver confiance en notre avenir collectif après plusieurs années d’occupation.  

Les tous premiers à se ressaisir, imaginant des conditions d’armistice très dures, furent les hommes et les femmes du « 2 bis », notre service de renseignement en 1940. Comme le veut la tradition, en temps de guerre, celui-ci se transforme en 5e Bureau pour regrouper le service de Renseignement et celui du contre-espionnage. 

Le général d’armée aérienne François Mermet, président de l’amicale des Anciens des Services spéciaux de la Défense nationale, l’AASSDN, a retracé ce qui s’est passé le 14 juin 1940 dans la banlieue d’Agen au séminaire de Bon-Encontre, réquisitionné par l’équipe du colonel Rivet et du capitaine Paillole, chef du contre-espionnage français. 

Ce 80e anniversaire de Bon-Encontre, a été reporté du fait de la pandémie et après le décès de son ancien président, le colonel Henri Debrun, qui était venu faire apposer une plaque en l’honneur de ce fait d’arme exceptionnel sur le mur du séminaire d’Agen.
Il a enfin été commémoré car les hommes et les femmes de l’ombre chargés du Renseignement aiment et respectent les traditions. Même discrètement, ils n’oublient jamais d’honorer la mémoire et le sacrifice des « anciens » pour l’exemple qu’ils ont su montrer. Avec ceux qui ont survécu, ils s’attachent également lors de ces rencontres à avoir une pensée pour ceux qui sont morts pour la France au champ d’honneur sans oublier les camarades qui les ont quittés en cours d’année.

Nombreux sont parmi les membres de l’AASSDN ceux qui ont eu un père, une mère ou un proche à s’être jeté dans la bataille et avoir connu « le prix du sang ».  

Lors de ces congrès, il n’y a pas que les anciens. Traditionnellement, des militaires d’active, représentant des unités d’élite qui constituent le bras-armé de nos services sont présentes, qui sont autant de symboles de nos forces armés : 13e RDP, 1er RPIMA, 2e Hussards, le « 44 », les Forces spéciales et leurs célèbres commandos
comme le CPA 10 de l’armée de l’Air et de l’Espace, notamment, qui n’ont rien à envier au Navy Seals américains. Sans oublier, parmi les plus fidèles, les marins du Casabianca qui lors de la 2e Guerre mondiale s’est illustré entre Alger et la métropole en assurant des liaisons à risque et en transportant des responsables de la Résistance.  

Chaque année, l’amicale rend également hommage à des hommes et à des femmes qui, par leurs actions, sont devenus des symboles de la Résistance.  

Cette année une gerbe a été déposée sur la tombe de l’adjudant-chef André Fontès – en présence de son fils Christian – pour célébrer le réseau Morhange dirigé par Marcel Tallandier, en présence de sa fille Monique.  

De même, la mémoire de nos « Merlinettes » a été honorée, après avoir été tirée d’un oubli qui a duré près de 70 ans… Ces Merlinettes dont le colonel Paillolle était si fier ont désormais trouvé leur place dans le jardin Eugénie-Malika Djendi dans le parc Citroën (Paris XVe) où a été édifié le monument à la mémoire de ceux qui sont morts pour la France en OPEX.  

Sans l’opiniâtreté de Jean-Georges Jallot-Combelas, neveu d’une de ces Merlinettes, elles seraient restées méconnues.  

Comment expliquer que de si belles pages de notre histoire commune soient aussi inconnues de nos compatriotes ?
Certains vont tenter à Bon-Encontre de trouver des éléments de réponse à cette
question. Un pays qui ne sait pas d’où il vient ne saura jamais où il va comme le dit si bien Alain Juillet.

Le combat mémoriel que livre l’AASSDN se poursuit au fil des ans depuis mai 1954. Si elle reste une association patriotique des plus emblématiques, l’AASSDN reste toujours discrète mais bien présente pour défendre la mémoire des hommes et des femmes de l’ombre qui ont combattu pour la France. 

Comme l’a rappelé le général François Mermet dans l’entretien qu’il a accordé à Christophe Cornevin du Figaro, rappelant le sens du combat mémoriel que livre l’amicale : « Notre mission est de faire œuvre de vérité et de tirer de l’oubli des personnages de l’ombre au parcours extraordinaire » avant de faire sienne cette
maxime de Bossuet : « Le plus grand outrage que l’on puisse faire à la Vérité est de la connaître et en même temps de l’abandonner ou de l’oublier » Une citation reprise par un officier de gendarmerie, le colonel Paillole chef du contre-espionnage français en juin 1940 qu’il mettra en exergue de son livre « Services Spéciaux ».  

Après cette évocation avec Jean-Michel Poulot, nous entendrons la voix d’une grande dame à qui notre pays a rendu hommage très récemment pour son engagement au service de la France, Joséphine Baker, qui sera recrutée avant-guerre par le contre-espionnage du capitaine Paillole. Elle nous chantera « j’ai deux amours, la France et Paris ». 

Comme quoi, dans la vie, on peut avoir deux amours en n’ayant qu’une seule fidélité ! 

Joël-François Dumont  

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Milan Rastislav Štefánik


Très peu d’hommes ou de femmes réussissent à entrer dans la légende pour s’être s’identifiés avec leur pays, pour avoir réussi aux heures sombres à « faire nation ». 

Pour la France, trois noms s’imposent : Louis XIV, Napoléon Bonaparte et le général de Gaulle. Pour la Grande-Bretagne, citons ala reine Victoria, Georges VI, Winston Churchill et Elizabeth II. Pour la République tchèque, Venceslas 1er de Bohème, le roi Charles IV et Tomáš Masaryk. Pour la Slovaquie, un seul nom revient : celui de Štefánik, reconnu comme le père fondateur de la nation slovaque. 


Milan Rastislav Štefánik voit le jour le 21 juillet 1880 à Košariská dans l’ancien royaume d’Autriche-Hongrie. Son père, Pavol Štefánik, pasteur, élève ses enfants dans la ferveur des idéaux patriotiques et slavophiles, à une époque où le sentiment national était profondément ancré dans le cœur des Slovaques, lesquels, à l’époque, ne devaient s’exprimer qu’en hongrois… 


Il entame de brillantes études au lycée évangélique de Presbourg, à Sopron et à Sarvas, avant de s’inscrire à l’Université Charles de Prague où il choisit d’étudier. 

Il a 18 ans quand, après des études d’études d’ingénieur du bâtiment, il s’oriente vers l’astronomie et les mathématiques. Doué d’une intelligence extraordinaire, d’une personnalité forte, il s’engage avec ferveur en politique en militant contre la « magyarisation » de la Slovaquie. Il est convaincu que la solution passe par une étroite coopération « slovaco-tchèque » pour que ces deux nations puissent accéder enfin à l’indépendance. Štefánik est sous l’influence d’un intellectuel éminent, Tomáš Masaryk, un universitaire qui définit les peuples tchèque et slovaque comme « deux particules d’une même nation ». 


Doctorat en poche, Milan Štefánik s’installe en 1904 à Paris, après un bref passage à Zürich, pour y poursuivre, pendant dix ans, des études d’astronomie en devenant l’assistant du professeur Jules Janssen à l’observatoire de Meudon. 


A Meudon, il publiera douze traités scientifiques et réalisera des expéditions d’observation astronomique après avoir multiplié les voyages au bout du monde. A Tahiti, en 1910, notamment, où il observera le passage de la comète de Halley.[1] 


Dans une lettre manuscrite au garde des Sceaux, ministre de la Justice, datée du 11 mars 1909, Milan Rastislav Štefánik exprime le souhait d’être naturalisé Français. Il le sera le 27 juillet 1912. Štefánik deviendra l’emblème de l’histoire partagée entre nos deux pays et de l’amitié franco-slovaque. 


Štefánik entreprend également des missions diplomatiques pour la France après avoir proposé de mettre en place une chaîne de stations radiotélégraphiques qui relierait toutes les colonies françaises entre elles.


Štefánik s’avère être « l’homme idoine ». Le succès de cette réalisation lui vaudra la Légion d’honneur et la reconnaissance officielle. 


Malgré quelques problèmes de santé, en 1914, Štefánik s’engage à 32 ans. Il est incorporé comme caporal et entreprend une formation de pilote à l’école d’aviation militaire de Chartres, avant de rejoindre l’escadre aérienne MF-54 dans le Pas-de-Calais. Très vite, il va se faire remarquer. Il invente les premiers bombardements aériens puis créée le service météo des Armées. Blessé en 1915, il poursuit le combat. 


« Masaryk pense, Beneš le dit et Štefánik le fait » 

Il forme une escadrille formée de volontaires slovaques et tchèques, qui est affectée en Serbie. Gravement malade, on le transfère d’urgence à Rome. C’est là qu’il va retrouver son ami le général Jean César Graziani avec lequel il avait formé cette Légion de volontaires tchéco-slovaques. Štefánik oriente sa vie désormais vers l’action politique et diplomatique. Son objectif est à la fin du conflit d’accompagner le dépeçage de
l’empire d’Autriche-Hongrie pour donner naissance à un État regroupant Tchèques
et Slovaques pour le meilleur et pour le pire. Son objectif n’a pas varié, sa ténacité ne le quitte pas. 


Dès que son état de santé le lui permet, il repart pour Paris, où il retrouve Jan Masaryk et Edvard Beneš. Le dicton qui dit : « Masaryk pense, Beneš le dit et Štefánik le fait » redevient d’actualité. Une nouvelle étape de sa vie commence. Il consacre dorénavant son activité à la création d’un État libre et indépendant pour les Tchèques et les Slovaques. 


Après-guerre, il est nommé à Prague ministre de la guerre. Il continuera jusqu’à sa mort aux commandes de son avion à porter son uniforme de général français avant d’être abattu par une unité de la DCA slovaque qui avait été curieusement informée de l’arrivée imminente dans le secteur d’un avion hongrois ennemi. C’est ainsi que le 4 mai 1919, Milan Ratislav Štefánik sera mortellement touché et qu’il s’écrasera avec son avion à Ivanka pri Dunajice, près de Bratislava. 


Mort en service commandé, celui qui était resté fidèle à la France par attachement à sa patrie, la Slovaquie, deviendra le héros national slovaque et sera inhumé sur les hauteurs de Brezová pod Bradlom, suivi par une foule immense qui traversera les champs là jusqu’à sa dernière demeure où sera construit un mausolée qui domine la vallée. « C’était un cœur rare, une âme noble, un esprit extraordinaire qui s’est entièrement dévoué pour notre cause dès que les circonstances l’exigeaient. Il mérite la reconnaissance de l’humanité entière. Sa présence va nous manquer. Son souvenir va vivre dans les cœurs de nous tous » dira le maréchal Foch qui représentera la France à ses obsèques.


« La destinée d’un peuple se compose de ceux qui visent à la
gloire et de ceux qui visent à la fortune ».  


Cette formule de Louis-Antoine de Saint-Just est toujours fondée : l’homme d’une seule fidélité, Milan Štefánik, n’a pas trouvé la fortune, mais il a contribué au bonheur d’un peuple qui a enfin pu se libérer de ses chaînes pour prendre en main son destin et restera un grand symbole de la fidélité à la France. 

 

Comment, enfin, ne pas parler d’un autre lien entre la Slovaquie et la France, pendant la Seconde Guerre Mondiale, sans évoquer la Brigade Štefánik et l’histoire du bataillon Foch qui, après la Libération de Paris, dans la trouée de Strecno attaquera à mains nues la 1ère Division de la Waffen SS. 


Autant de pages magnifiques d’un grand livre écrit avec le sang et les larmes d’un peuple. 


L’histoire de cet homme nous est contée par le colonel Joël Bros, ancien attaché de Défense à Bratislava, spécialiste de l’Europe centrale, qui, après la Bohème et la Moravie nous a fait découvrir ls Slovaquie.  


Dans cette émission produite par Jean-Michel Poulot et diffusée par La Voix du Béarn, le colonel Bros nous parle du seul militaire français qui est encore aujourd’hui en uniforme français sur les timbres et la monnaie nationale de sa patrie slovaque et que l’on voit sur tous les monuments dédiés à l’effigie du père de la Nation slovaque qui a choisi de devenir Français pour donner naissance à la Slovaquie après la dissolution de l’empire austro-hongrois.

 

Joël-François Dumont 


[1] Michal Kšiňan, L’homme qui parlait avec les étoiles : Milan Rastislav Štefánik, héros franco-slovaque de la Grande Guerre, Paris, Eur’Orbem éditions, 2019, 344 p.  

[2] Le bataillon Foch et la Résistance franco-slovaque">Le bataillon Foch et la Résistance franco-slovaque (Diffusé le 29 août 1998 dans le Journal International de France Télévisions sur TV5  

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La renaissance de l’Europe centrale et orientale

A la fin de la 2e Guerre Mondiale, « un rideau de fer s’est abattu sur l’Europe », séparant
pendant plus d’un demi-siècle les liens solides, traditionnels et anciens que tous ces pays avaient pu entretenir avec ce qui est devenu après cette séparation forcée, la nouvelle Europe à l’Ouest.  


Moscou a imposé avec ses chars son « socialisme » et les régimes se sont transformés un à un en dictatures communistes. Après le nazisme, le communisme, on voyait mal un
changement de vie pour les habitants de ces pays enrégimentés contre leur gré. Et
pourtant ! Comme on dit « il ne faut désespérer de rien ». 


C’est ce qui finit par arriver à la fin des années 80 en Europe centrale et orientale, après la faillite du communisme en URSS. Mais ce n’est toujours pas vrai en Ukraine, au Belarus et pas davantage en Russie.  


La liberté mérite qu’on se batte pour elle 

Les opposants dans ces dictatures d’un autre âge sont soit : assassinés, soit mis dans des camps sachant que Navalny n’est pas le seul au pays du goulag… La presse y est muselée et les régimes en place s’honorent de mépriser toute forme de démocratie. Ils le revendiquent même avec fierté ! 


Les anciens « pays de l’Est », dès qu’ils ont – enfin – pu rompre leurs chaînes soviétiques, ont mis les bouchées doubles pour revenir à une vie normale.  


Tous nourrissaient les mêmes priorités, les mêmes ambitions : retrouver la grande famille européenne dont ils avaient été séparés arbitrairement si longtemps pour adhérer à l’Union européenne en se cherchant un nouveau protecteur en intégrant l’OTAN, qui avait été si efficace pendant la guerre froide. Ce qui n’était pas évident
après 60 ans de confrontation Est-Ouest. 


La période d’adaptation a été difficile. Certes, les pays d’Europe de l’Ouest ont beaucoup aidé et surtout financé des transformations indispensables pour mettre ces pays « à niveau » européen.  


La classe politique s’est elle aussi reconstituée autour des élites dans des pays où la culture a toujours joué un rôle fondamental, comme un ciment national. 


Après la reconstruction, le renouveau. On constate en fait que cette Renaissance qui ne dit pas son nom va se poursuivre en faisant demain de ces pays, jadis enfermés derrière des murs et des barbelés, des havres de stabilité économique et des modèles de développement. 


Dans tous ces pays, la Russie, la France, l’Autriche et l’Allemagne ont été tellement présents que ces alliances ou ces occupations ont laissé des marques. Alors, quels liens renouer et avec qui en priorité ? De l’autre côté, à quoi étaient prêts ces mêmes pays qui ont en commun d’être des empires déchus, pour leur tendre la main ? 


En France, un seul homme d’État s’est intéressé à l’Amérique latine et au Mexique. Les successeurs du général de Gaulle ont ignoré ce continent et tous les liens que nous avions avec de nombreux pays de ce continent : Argentine, Chili, Uruguay, Chili, Pérou, Mexique… 


En ce qui concerne l’Europe centrale et orientale, trois hommes d’État français, se sont intéressés à l’Europe centrale et orientale. On aurait pu mieux faire… 


Le premier est encore le général de Gaulle qui avait été militaire en Pologne et qui, devenu président, une fois l’Algérie indépendante, n’a jamais raté une occasion de traiter avec tous ces pays, quel que soient les régimes, en attendant que « le temps fasse son œuvre ». De loin, il était le seul à avoir une vision de l’Europe. Le nazisme a fini par disparaître, il en serait bien ainsi du communisme… C’était une question de temps. 


Le second a été François Mitterrand. Le choix de ses ambassadeurs après la chute du mur a démontré son souci de raviver ces liens anciens qui unissaient la France avec certains d’entre eux. La Serbie, du fait de la guerre qui a fait rage dans les Balkans après la mort de Tito, demandera encore de laisser « un peu de temps au temps » pour renouer. Trois pays ont été essentiellement ciblés sous Mitterrand : la République tchèque, la Slovaquie et la Pologne. 


Dans ces pays il y avait, il y a toujours, « une attente » de la France qui était considérable et un espoir. Jacques Chirac a été le dernier président à s’en rendre compte et à poursuivre dans cette voie en étendant aux Pays-Baltes l’action de ses prédécesseurs. Après lui, on peut dire que l’influence française est redescendue comme un soufflet. La nature ayant horreur du vide, les États-Unis sont venus s’installer mais pour quoi faire, on n’a pas encore de réponse et la trahison ressentie par l’Ukraine récemment n’a pas grandi les présidents américain et français, le Premier ministre
britannique et la chancelière Merkel.  


Si l’on prend l’exemple de la Tchéco-slovaquie – qui s’est d’abord déclinée avec un trait d’union avant de le perdre – jusqu’à la révolution de velours (le mariage d’amour a très vite laissé la place à un mariage d’intérêt en attendant un divorce exemplaire), on voit des peuples se refonder. 


Pour parler de cela, deux experts de cette Europe centrale. Le colonel Bros qui a longtemps été en poste à Prague et à Bratislava et un journaliste français, Pierre Peyrichout, un infatigable voyageur qui a vécu une partie de sa vie à l’étranger, en Iran, dans les Balkans avant de prendre sa valise pour la déposer à Prague, l’une des plus
belles villes du monde. Il n’est pas le seul à le penser ! 


Il faut dire que ces deux hommes, en dehors d’être des polyglottes confirmés dans des langues où les Gaulois se sont trop rarement distingués, partagent d’autres passions : l’aviation et l’art !  


Le premier a fait carrière dans l’armée de l’Air avant de devenir diplomate, le second après un diplôme artistique s’est lancé… dans l’aviation après avoir volé avec la patrouille de France. Il sera l’un des premiers Français à participer au rallye Paris-Pékin-Paris… L’aviation étant une vocation qui ne dure qu’un temps, celui de se retrouver rejeté du monde des PN. Reste l’art qui lui ne connaît pas (encore) de limite d’âge.  


A les entendre, la France devrait affirmer sa présence pour retrouver la qualité des liens qu’elle a pu partager dans le passé dans la durée. Les Français implantés dans ces pays représentent certes un investissement, mais pas sûr qu’à Paris on ne considère les choses ainsi. « Loin de yeux, loin du cœur » ? La pandémie que nous vivons l’a, malheureusement, une fois de plus prouvé.  


Avec Jean-Michel Poulot et la Voix du Béarn, nous poursuivrons au cours des prochaines semaines ces réflexions avec la Slovaquie, la Hongrie, la Pologne et les Pays-Baltes, une occasion de rouvrir nos livres d’histoire et de se dire que nos anciens ont su semer. 


Joël-François Dumont