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Une vision commune qui tienne compte de nos différences d’appréciation

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Le premier est de mettre à la disposition de décideurs tant civils que militaires ou d’experts (analystes, chercheurs, industriels, journalistes spécialisés, notamment) des « textes de référence », des analyses, des études, des articles traitant des enjeux actuels vus sous l’angle de la défense et de la sécurité,. Des textes de qualité qui ne soient pas « saucissonnés »…

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France-Allemagne : Je t’aime, moi non plus 1990-2025 (6)

Autopsie d’un ménage fantôme
Il faut cesser un mensonge confortable, répété depuis soixante ans dans les discours officiels des deux côtés du Rhin : il n’y a jamais eu de couple franco-allemand. Il y a eu un besoin, côté français, de croire qu’il en existait un — et une Allemagne qui, de 1963 à 2026, a systématiquement refusé de payer le prix de cette fiction dès qu’il fallait choisir entre Paris et Washington.

Le préambule de mai 1963 n’était pas un incident de parcours. C’était l’aveu, à peine un mois après la signature du traité de l’Élysée, que l’Allemagne ne s’engageait pas dans un couple : elle s’engageait dans une coexistence sous tutelle américaine, avec la France en simple partenaire de second rang. De Gaulle l’a ressenti comme une trahison parce que c’en était une. La CDU ne s’en est jamais excusée parce qu’elle n’a jamais eu à le faire — la France a préféré, encore et encore, faire comme si de rien n’était.

Et puis 1990 est arrivé, et le masque n’a plus eu de raison d’être porté. L’Allemagne réunifiée n’avait plus besoin de la France pour compenser sa culpabilité historique, ni de son parrainage pour retrouver un siège à la table des grands. Elle est simplement devenue elle-même — pleinement souveraine, pleinement libre de ses choix. Et son choix, de Kohl à Merz, en passant par seize années de durchwursteln merkélien — cet art de pousser la viande dans la saucisse sans jamais viser plus loin que la prochaine bouchée —, a toujours été le même : gérer, jamais fonder.

La France, de son côté, n’a pas fait mieux. Sarkozy et Hollande n’ont rien construit qui mérite de figurer aux côtés de Colombey, de l’Élysée, de Verdun. Le couple s’est éteint sans que personne n’ose prononcer le mot divorce — on a préféré parler de « coopérations », au pluriel, ce mot qui, comme toujours, signale la perte plutôt que le lien. SCAF, MGCS, le naval, le char de combat futur : trois autopsies distinctes d’un même refus, celui de l’intégration, celui qui remonte tout droit à mai 1963.

Le drame n’est pas que l’Allemagne ait choisi ses intérêts. Tous les États le font, et de Gaulle lui-même n’aurait rien trouvé à y redire — l’indépendance qu’il réclamait pour la France, il ne pouvait pas la refuser aux autres. Le drame est que la France, elle, a continué d’appeler « couple » ce qui n’a jamais été qu’une coexistence intéressée, et qu’elle en a payé le prix en naïveté, en programmes avortés, en illusions entretenues bien après leur date de péremption.

Reste la question que ce corpus pose depuis Bucksch jusqu’à Trump : où sont les hommes d’État ? De Gaulle parlait du vide de l’Histoire, cet espace que seule une volonté véritable pouvait remplir. Ce que nous avons aujourd’hui, c’est l’inverse — un trop-plein d’hommes politiques, au mieux gestionnaires prudents d’un héritage qu’ils n’ont pas su faire fructifier, quand le moment appelait précisément ce qui leur manque le plus : le courage de dire que le couple n’a jamais existé, et l’ambition de construire, à sa place, quelque chose qui tienne enfin debout. Heureusement, il nous reste encore de grands serviteurs de l’État.

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France-Allemagne : L’axe et ses épreuves 1958-1989 (5)

Quand la confiance vacille
« La sobriété du discours accentue le relief de l’attitude. Rien ne rehausse mieux l’autorité que le silence, splendeur des forts et refuge des faibles. » — Charles de Gaulle, Le fil de l’épée (1932)

Les quatre premiers volets de cette série ont suivi un motif précis : celui d’un compteur qui s’accélère, d’abord vers la revanche, puis vers la paix. Ce cinquième volet en suit un autre, moins linéaire : celui de la confiance, qui ne se construit pas d’un bloc mais par une succession d’épreuves — certaines réussies, comme le pari de Ludwigsburg, l’Ostpolitik ou le discours de 1983, d’autres plus ambiguës, comme le déni de décembre 1989.

Ce qui frappe, avec le recul, c’est que l’axe franco-allemand n’a jamais été mis à l’épreuve par un désaccord entre égaux, mais par des moments où l’un des deux pays devançait l’autre — l’Allemagne avec l’Ostpolitik, la France avec le discours de 1983, puis de nouveau l’Allemagne avec la réunification. Chaque fois, le partenaire resté en retrait a dû choisir entre s’aligner ou rester à la traîne. En 1969 comme en 1983, l’axe a tenu. En 1989, pour la première fois depuis Colombey, c’est la France qui reste à la traîne — un choix dont le sixième volet de cette série mesurera pleinement les conséquences, jusqu’à la relation d’aujourd’hui.

« Nos conceptions sociales, notre engagement politique et, qui sait, nos caractères : tout devait a priori nous séparer », écrira François Mitterrand à la fin de sa vie à propos d’Helmut Kohl. « Nous n’étions en réalité pas du tout faits l’un pour l’autre », confirmera Kohl quelques années plus tard, lors d’une conférence de la Konrad-Adenauer-Stiftung. Que ce président socialiste et ce chancelier chrétien-démocrate aient su porter la relation franco-allemande et la construction européenne à un niveau inédit dans les années 1980 et 1990 n’avait rien d’une évidence. On les compte aujourd’hui, à juste titre, parmi les pères de l’Europe.

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France-Germany: From Ruins to an Emerging Europe, 1945-1959 (4)

Why Peace Held, This Time
The attentive reader of this series will have noticed a recurring pattern, accelerating since the first installment: sixty-four years between Jena and Sedan, forty-three years between Frankfurt and Sarajevo, twenty-one years between Versailles and Rethondes. Each cycle of revenge took half as long to mature as the one before it — until catastrophe reached, in 1945, its absolute limit.

What is striking about the decade 1945-1955 is that the same accelerating mechanism — modernity, urgency, necessity — continued to operate, but in reverse: barely five years separate the capitulation from the Schuman Declaration; one year separates that declaration from the ECSC. The same need for speed that had served for a century and a half to hasten revenge now served to build peace. Yet the decade was no smooth, untroubled course: the stinging failure of the EDC in 1954 is a reminder that no reconciliation is ever guaranteed in advance, and that European federalism very nearly died a second time, barely four years after its birth.

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Frankreich-Deutschland: Von den Ruinen zum werdenden Europa, 1945-1959 (4)

Warum der Frieden diesmal hielt
Dem aufmerksamen Leser dieser Serie wird ein Muster aufgefallen sein, das sich seit dem ersten Teil beschleunigend wiederholt: vierundsechzig Jahre zwischen Jena und Sedan, dreiundvierzig Jahre zwischen Frankfurt und Sarajevo, einundzwanzig Jahre zwischen Versailles und Rethondes. Jeder Rachezyklus brauchte halb so lange zum Reifen wie der vorangegangene — bis die Katastrophe 1945 ihren absoluten Endpunkt erreichte.

Bemerkenswert am Jahrzehnt 1945-1955 ist, dass derselbe beschleunigende Mechanismus — Modernität, Dringlichkeit, Notwendigkeit — weiterhin wirkt, jedoch umgekehrt: Kaum fünf Jahre trennen die Kapitulation von der Schuman-Erklärung; ein Jahr trennt diese Erklärung von der EGKS. Dasselbe Bedürfnis nach Schnelligkeit, das anderthalb Jahrhunderte lang der Beschleunigung der Rache diente, dient nun dem Aufbau des Friedens. Doch war das Jahrzehnt keineswegs ein ruhiger Fluss: Das schmerzliche Scheitern der EVG 1954 erinnert daran, dass keine Aussöhnung jemals im Voraus gesichert ist und dass der europäische Föderalismus ein zweites Mal beinahe gestorben wäre, kaum vier Jahre nach seiner Geburt.

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France-Allemagne : Des ruines à l’Europe naissante 1945-1959 (4)

Pourquoi la paix, cette fois, a tenu
Le lecteur attentif de cette série aura remarqué un motif qui se répète, en s’accélérant, depuis le premier volet : soixante-quatre ans entre Iéna et Sedan, quarante-trois ans entre Francfort et Sarajevo, vingt et un ans entre Versailles et Rethondes. Chaque cycle de revanche mettait deux fois moins de temps à mûrir que le précédent — jusqu’à ce que la catastrophe atteigne, en 1945, son terme absolu.

Ce qui frappe dans la décennie 1945-1955, c’est que le même mécanisme accélérateur — modernité, urgence, nécessité — continue de fonctionner, mais inversé : cinq ans à peine séparent la capitulation de la déclaration Schuman ; un an sépare cette déclaration de la CECA. Le même besoin d’aller vite, qui avait servi pendant un siècle et demi à précipiter la revanche, sert désormais à bâtir la paix. Reste que la décennie ne fut pas un long fleuve tranquille : l’échec cinglant de la CED en 1954 rappelle qu’aucune réconciliation n’est acquise d’avance, et que le fédéralisme européen a bien failli mourir une seconde fois, quatre ans à peine après être né.