European-Security.com

European-Security.com

Une vision commune qui tienne compte de nos différences d’appréciation

European-Security

Le premier est de mettre à la disposition de décideurs tant civils que militaires ou d’experts (analystes, chercheurs, industriels, journalistes spécialisés, notamment) des « textes de référence », des analyses, des études, des articles traitant des enjeux actuels vus sous l’angle de la défense et de la sécurité,. Des textes de qualité qui ne soient pas « saucissonnés »…

En cours de lecture

CDU: Die Revolte vor der Zeit

Deutschland von außen gesehen: „Sehen Sie das auch?“
Es hat etwas Schwindelerregendes, die deutsche und die französische Presse an diesem selben 11. September nebeneinander zu lesen. Die Schlagzeilen aus Hamburg, Frankfurt und München zählen Stimmen, Sitze, Koalitionsszenarien, die Rivalität zwischen Wüst und Söder — eine minutiöse, fast klinische Arithmetik eines politischen Systems, das aus den Fugen gerät. Die französische Presse, mit weniger Material, aber mehr Abstand, stellt sofort die Frage, die sich Deutschland, gefangen im Taumel seiner eigenen Krise, noch nicht in aller Ruhe stellen kann: Was sagt dieser Umbruch über den Rest des Westens aus?

Die Antwort steckt vielleicht in einem einzigen Bild: ein Netzwerk ehemaliger Verantwortungsträger, die im Verborgenen ein Codewort austauschen — „Sehen Sie das auch?“ — während die ganze Welt, von Washington bis Moskau, über Budapest und Madrid, Deutschland bereits als den nächsten fallenden Dominostein betrachtet. Das zurückhaltende Schweigen dieser Schattenrepublik, die den 20. September abwartet, bevor sie laut spricht, ist vielleicht das sicherste Zeichen dafür, dass niemand in Deutschland derzeit weiß, wie er auf die Frage antworten soll, die Focus in fünf Großbuchstaben auf sein Cover gesetzt hat: Wie weiter, Deutschland?

En cours de lecture

CDU : La révolte avant l’heure

L’Allemagne vue de l’extérieur : « Sehen Sie das auch ? »
Il y a quelque chose de vertigineux à lire, côte à côte, la presse allemande et la presse française sur ce même 11 septembre. Les titres de Hambourg, de Francfort et de Munich comptent les voix, les sièges, les scénarios de coalition, les rivalités Wüst-Söder — une arithmétique méticuleuse, presque clinique, du système politique en train de se fissurer. La presse française, elle, avec moins de matériau mais plus de recul, pose d’emblée la question que l’Allemagne, prise dans le vertige de sa propre crise, n’a pas encore le loisir de se poser posément : que dit ce basculement du reste de l’Occident ?

La réponse, peut-être, tient en une image : un réseau d’anciens responsables qui échangent en secret un mot de passe — « Sehen Sie das auch? » — pendant que le monde entier, de Washington à Moscou, en passant par Budapest et Madrid, regarde déjà l’Allemagne comme le prochain domino. Le silence retenu de cette République de l’ombre, qui attend le 20 septembre avant de parler à voix haute, est peut-être le signe le plus sûr que personne, en Allemagne, ne sait encore comment répondre à la question que Focus a mise en couverture, sur cinq lettres capitales : Wie weiter, Deutschland?

En cours de lecture

Kurt Tucholsky : La voix qui avait raison trop tôt

Deux Allemagnes, deux usages d’un même mort
Le sort posthume de Tucholsky raconte, à sa manière, l’histoire divisée de l’Allemagne d’après-guerre. La RDA se l’approprie tôt et sans ambiguïté : dès 1950-1951, ses textes figurent dans la « Bibliothèque des écrivains allemands progressistes » ; la télévision d’État lui consacre des documentaires (1962, 1963) et un téléfilm biographique en 1975 ; une exposition officielle lui est dédiée en 1978-1979 ; en 1970, un timbre-poste à son effigie paraît dans la série « Personnalités importantes » ; en 1990 — l’année même de la réunification, quasiment au dernier souffle de l’État est-allemand — la RDA frappe encore une pièce commémorative de 5 marks pour son centenaire.

Cette appropriation n’est pas dénuée de logique idéologique : un antimilitariste de gauche, critique féroce des élites wilhelminiennes et de la justice de classe de Weimar, coche presque toutes les cases du récit antifasciste que la RDA construit sur elle-même. Mais elle simplifie aussi un homme plus indocile que ce portrait ne le laisse supposer — Tucholsky, tout en se réclamant de la gauche, refusait déjà de son vivant les injonctions de conformité des communistes doctrinaires, répondant un jour à ceux qui lui reprochaient son goût pour les costumes sur mesure : « Besser ein Anzug nach Maß als eine Gesinnung von der Stange » (« Mieux vaut un costume sur mesure qu’une conviction de prêt-à-porter »).

Il y a plus troublant encore. La RDA se définissait elle-même comme un « Friedensstaat » — un État de paix, par opposition à une RFA prétendument militariste. Dans les faits, cette autoproclamation entrait en contradiction frontale avec l’une des sociétés les plus militarisées d’Europe : près de deux millions de personnes actives ou réservistes dans des formations armées ou paramilitaires dans les années 1980 (Nationale Volksarmee, troupes frontalières, Stasi, police d’intervention, milices d’usine) ; un service militaire obligatoire dès 1962 dont le refus compromettait études et carrière ; une militarisation débutant dès la maternelle, avec des enfants de six ans entonnant des chants à la gloire de l’armée populaire ; et, à partir de 1978, une matière scolaire obligatoire, le Wehrkunde, consacrée à l’éducation militaire. Le pacifisme réel, lui, n’était pas porté par l’État mais par ses opposants : le mouvement « Schwerter zu Pflugscharen » (Des épées aux socs de charrue), né dans les paroisses protestantes est-allemandes en réaction précisément à cet enseignement militaire obligatoire, sera surveillé et réprimé par le régime — avant de devenir l’un des foyers de la révolution pacifique de 1989.

Célébrer un antimilitariste mort en 1935, tout en construisant l’une des sociétés les plus militarisées du continent sous la bannière de la paix, n’est pas une simple incohérence de façade : c’est la marque d’un régime qui avait besoin d’un antimilitarisme sans risque — celui d’un mort qui ne pourrait jamais s’indigner de la caserne, du conscrit ou du Wehrkunde.

À l’Ouest, la reconnaissance sera plus lente et plus prudente — la République fédérale des années 1950 et 1960, encore traversée par d’anciens cadres militaires et administratifs de l’ère nazie, s’accommode mal d’un homme qui avait décrit par avance, avec autant d’acuité, la persistance du militarisme allemand par-delà les régimes. Il faudra attendre 1988 pour que soit fondée à l’Ouest la Kurt-Tucholsky-Gesellschaft, chargée de perpétuer son héritage — et 1995 pour la création d’un prix portant son nom.

Cette double généalogie mémorielle n’est pas qu’une curiosité d’archiviste. Elle éclaire, presque un siècle plus tard, un débat allemand qui n’a rien perdu de son actualité : celui du réarmement, de sa transparence démocratique, et du rapport qu’une société entretient avec ses propres tendances militaristes — un débat que les lecteurs de ce dossier retrouveront, sous une forme très contemporaine, dans les pages consacrées à la Zeitenwende et au réarmement allemand d’aujourd’hui.

En cours de lecture

Kurt Tucholsky: The Voice That Was Right Too Soon

Two Germanys, Two Uses for One Dead Man
Tucholsky’s posthumous fate tells, in its own way, the divided story of post-war Germany. East Germany claimed him early and unambiguously: as early as 1950-1951, his texts appeared in the “Library of Progressive German Writers”; state television devoted documentaries to him (1962, 1963) and a biographical TV film in 1975; an official exhibition was dedicated to him in 1978-1979; in 1970, a postage stamp bearing his likeness appeared in the “Important Personalities” series; in 1990 — the very year of reunification, in almost the last breath of the East German state — East Germany still minted a commemorative 5-mark coin for his centenary.

This appropriation was not without ideological logic: a left-wing antimilitarist, a fierce critic of Wilhelmine elites and of Weimar’s class justice, ticks almost every box of the antifascist narrative East Germany built about itself. But it also flattens a man more unruly than this portrait suggests — Tucholsky, while claiming allegiance to the left, already refused in his lifetime the conformist demands of doctrinaire communists, once replying to those who criticised his taste for tailored suits: “Besser ein Anzug nach Maß als eine Gesinnung von der Stange” (“Better a tailor-made suit than an off-the-rack conviction”).

There is something even more troubling. East Germany defined itself as a “Friedensstaat” — a “peace state,” in contrast to a supposedly militarist West Germany. In fact, this self-designation stood in flat contradiction to one of the most militarised societies in Europe: nearly two million people active or in reserve within armed or paramilitary formations in the 1980s (the National People’s Army, border troops, the Stasi, riot police, factory militias); compulsory military service from 1962, refusal of which jeopardised one’s studies and career; militarisation beginning as early as kindergarten, with six-year-old children singing songs in praise of the people’s army; and, from 1978 onward, a compulsory school subject, Wehrkunde, devoted to military education. Genuine pacifism, meanwhile, was carried not by the state but by its opponents: the movement “Schwerter zu Pflugscharen” (“Swords into Ploughshares”), born in East German Protestant parishes precisely in reaction to this compulsory military instruction, was monitored and repressed by the regime — before becoming one of the crucibles of the peaceful revolution of 1989.

Celebrating an antimilitarist who died in 1935, while building one of the most militarised societies on the continent under the banner of peace, is not a mere surface inconsistency: it is the mark of a regime that needed a risk-free antimilitarism — that of a dead man who could never object to the barracks, the conscript, or the Wehrkunde.

In the West, recognition came more slowly and more cautiously — the Federal Republic of the 1950s and 1960s, still populated by former military and administrative cadres of the Nazi era, sat uneasily with a man who had described in advance, with such acuity, the persistence of German militarism across regimes. It would take until 1988 for the Kurt-Tucholsky-Gesellschaft to be founded in the West, tasked with perpetuating his legacy — and until 1995 for a prize bearing his name to be created.

This double memorial genealogy is more than an archivist’s curiosity. It sheds light, nearly a century later, on a German debate that has lost none of its relevance: that of rearmament, its democratic transparency, and the relationship a society maintains with its own militarist tendencies — a debate readers of this dossier will find, in a very contemporary form, in the pages devoted to the Zeitenwende and to Germany’s rearmament today.

En cours de lecture

Kurt Tucholsky: Die Stimme, die zu früh recht hatte

Zwei Deutschländer, zwei Verwendungen eines Toten
Tucholskys posthumes Schicksal erzählt auf seine Weise die geteilte Geschichte des Nachkriegsdeutschlands. Die DDR eignet sich ihn früh und unzweideutig an: Bereits 1950-1951 erscheinen seine Texte in der „Bibliothek fortschrittlicher deutscher Schriftsteller“; das Staatsfernsehen widmet ihm Dokumentationen (1962, 1963) und 1975 einen biografischen Fernsehfilm; 1978-1979 wird ihm eine offizielle Ausstellung gewidmet; 1970 erscheint eine Briefmarke mit seinem Konterfei in der Serie „Bedeutende Persönlichkeiten“; 1990 — im Jahr der Wiedervereinigung selbst, fast im letzten Atemzug des ostdeutschen Staates — prägt die DDR noch eine Gedenkmünze zu 5 Mark für seinen hundertsten Geburtstag.

Diese Vereinnahmung ist nicht ohne ideologische Logik: Ein linker Antimilitarist, scharfer Kritiker der wilhelminischen Eliten und der Klassenjustiz Weimars, erfüllt fast alle Kriterien der antifaschistischen Erzählung, die sich die DDR über sich selbst erzählt. Sie vereinfacht aber auch einen widerspenstigeren Mann, als dieses Bild vermuten lässt — Tucholsky, obwohl er sich zur Linken bekannte, lehnte schon zu Lebzeiten die Konformitätsforderungen doktrinärer Kommunisten ab und antwortete einmal denen, die ihm seinen Geschmack an Maßanzügen vorwarfen: „Besser ein Anzug nach Maß als eine Gesinnung von der Stange.“

Es gibt noch etwas Beunruhigenderes. Die DDR definierte sich selbst als „Friedensstaat“ — im Gegensatz zu einer angeblich militaristischen BRD. In Wirklichkeit stand diese Selbstbezeichnung in frontalem Widerspruch zu einer der am stärksten militarisierten Gesellschaften Europas: In den 1980er Jahren zählten fast zwei Millionen Menschen als aktive oder Reserve-Angehörige bewaffneter oder paramilitärischer Formationen (Nationale Volksarmee, Grenztruppen, Stasi, Bereitschaftspolizei, Kampfgruppen der Arbeiterklasse); eine seit 1962 obligatorische Wehrpflicht, deren Verweigerung Studium und Karriere gefährdete; eine bereits im Kindergarten einsetzende Militarisierung, bei der sechsjährige Kinder Lieder zum Lob der Volksarmee sangen; und ab 1978 ein obligatorisches Schulfach, die Wehrkunde, das der militärischen Erziehung gewidmet war. Der tatsächliche Pazifismus wurde nicht vom Staat getragen, sondern von dessen Gegnern: Die Bewegung „Schwerter zu Pflugscharen„, entstanden in den ostdeutschen evangelischen Gemeinden als Reaktion gerade auf diesen obligatorischen Wehrunterricht, wurde vom Regime überwacht und unterdrückt — bevor sie zu einem der Herde der friedlichen Revolution von 1989 wurde.

Einen 1935 verstorbenen Antimilitaristen zu feiern und gleichzeitig eine der am stärksten militarisierten Gesellschaften des Kontinents unter dem Banner des Friedens aufzubauen, ist keine bloße oberflächliche Inkonsequenz: Es ist das Kennzeichen eines Regimes, das einen risikolosen Antimilitarismus brauchte — den eines Toten, der sich nie über die Kaserne, den Wehrpflichtigen oder die Wehrkunde empören könnte.

Im Westen erfolgt die Anerkennung langsamer und zurückhaltender — die Bundesrepublik der 1950er und 1960er Jahre, noch durchsetzt von ehemaligen militärischen und administrativen Kadern der NS-Zeit, tut sich schwer mit einem Mann, der mit solcher Schärfe im Voraus das Fortbestehen des deutschen Militarismus über die Regime hinweg beschrieben hatte. Erst 1988 wird im Westen die Kurt-Tucholsky-Gesellschaft gegründet, die sein Erbe pflegen soll — und 1995 ein nach ihm benannter Preis geschaffen.

Diese doppelte Erinnerungsgenealogie ist keine bloße archivarische Kuriosität. Sie beleuchtet, fast ein Jahrhundert später, eine deutsche Debatte, die nichts von ihrer Aktualität eingebüßt hat: die der Aufrüstung, ihrer demokratischen Transparenz und des Verhältnisses, das eine Gesellschaft zu ihren eigenen militaristischen Tendenzen pflegt — eine Debatte, die die Leser dieses Dossiers in sehr zeitgenössischer Form in den Beiträgen zur Zeitenwende und zur heutigen deutschen Aufrüstung wiederfinden werden.